Yves Combeau

Que faire des aînés des troupes ? (troisième partie)

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Mise à jour le Samedi, 13 Février 2010 15:27 Écrit par Fr Yves Combeau o.p.

 

Les raiders ont officiellement disparu des documents S. d. F. à la fin de 1963. En réalité, le ralentissement était sensible depuis 1956, pour des raisons diverses. La nouvelle équipe nationale, celle de François Lebouteux, n’a pas voulu supprimer les raiders, encore moins les désavouer. Lebouteux lui-même était un chef raider. La réforme de 1964 ne s’est pas faite contre les raiders.

Mais il existait cependant, depuis le début, une opposition aux raiders. Épidermique dans certains cas, plus raisonnée dans d’autres. Passons sur l’esthétique — on peut préférer les quatre-bosses au béret vert — et voyons les raisons.

D’abord, et malgré la volonté de Menu, l’accent mis sur les aînés, leur progression, leur entraînement, tend à laisser à la traîne les plus jeunes. Ils peuvent vouloir imiter : ce n’est pas à douze ans qu’on monte sur une moto. Dans certains cas (rares), les troupes se mettent à vieillir et à devenir des troupes d’aînés, comme la 102e Paris (Fénelon) qui a poussé loin et longtemps cette dérive. Certes, une maîtrise expérimentée se rappellera qu’elle une troupe d’âges variés et prendra soin des jeunes, mais la plupart du temps, la dimension ludique du scoutisme, les petits et grands jeux, disparaissent dans une troupe raider. On s’y passionne, mais y rit-on ?

Ensuite, l’investissement matériel et humain est coûteux. Il faut des trésors de débrouillardise et de sacrifice personnel pour trouver un dojo, des motos, une tour à parachute. On peut le faire — je citerai la troupe mulhousienne de Michel Kieffer, tout ouvrière, et raider —, mais à condition d’un effort constant. Et parfois épuisant. Michel Menu souhaitait un style à la fois précis, impeccable et détendu : la détente a souvent manqué...

Enfin, l’articulation entre les raiders et la Route n’a guère été trouvée. Il faudrait ici parler de la Route des années 1950 et 1960 : ce serait un vaste sujet. Mais il suffira de constater que, sauf de brillantes exceptions, les C. P. raiders ont eu du mal à s’intégrer à la Route, parce que la Route les a déçus 

 

À cet ensemble d’objections, il n’y a pas eu de véritable réponse. Quelques aménagements de la progression jugée parfois trop rude, mais qui ne changent rien aux dispositions fondamentales. Et quand survient la réforme de 1964, elle simplifie radicalement le débat : pour motiver les aînés, il faut couper la troupe en deux. Ce sont les pionniers et les rangers. Me demander si cette solution est la bonne ou la seule m’entraînerait trop loin. Mais nous arrivons à ma véritable question : comment motiver les aînés aujourd’hui ? Ce sera pour la prochaine fois…

 

Que faire des aînés des troupes ? (deuxième partie)

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Mise à jour le Mercredi, 03 Février 2010 16:27 Écrit par Fr Yves Combeau o.p.

 

Les raiders, élaborés à partir de 1947 et officialisés en 1949, sont donc une tentative de motiver les aînés des troupes par une reconnaissance « pour de vrai » moins ambiguë que la chevalerie ludique mais improvisée et semi-secrète des années précédentes, de prévenir par là l'évaporation des aînés qui, au sortir de la guerre, risquaient de trouver fade le scoutisme, enfin de relever le niveau technique et spirituel général.

L’investiture raider couronne une progression humaine et technique exigeante. Les travers qu’on a énoncés dans les tentatives précédentes sont soigneusement éliminés : ni secret ni particularisme, pas de désunion de la troupe car c’est la troupe tout entière qui progresse et qui est investie collectivement en plus de l’investiture personnelle des scouts raiders, une certaine dureté — motocyclette, parachutisme ne sont pas des activités faciles — mais entièrement encadrée et tournée vers un but, le service, ou plutôt l’aptitude à servir. Mais Michel Menu retient des expériences de Gérin, qu’il a connu, plusieurs éléments-clés : l’importance de l’esthétique (salut spécial, insigne superbe, uniforme renouvelé dont le port doit être impeccable, le tout servi par les clichés des revues et les illustrations de Joubert), l’idée de l’appartenance à un corps d’élite, corps qui est double, celui des individus raiders (béret vert, ailes, numéro personnel, intégration du raider dans la C. D. H.) et celui des troupes raiders (rallyes raiders nationaux, numéro de la troupe).

La volonté de faire vieillir les maîtrises, souvent beaucoup trop jeunes jusqu’en 1949, est cohérente avec le principe que la reconnaissance raider est « pour de vrai » : remise par un chef adulte, trentenaire, elle est autrement plus forte que par un chef de dix-huit ans.

Les raiders ont été un succès, bien que Menu lui-même l’ait souhaité plus large. Un peu plus de quatre cents troupes raiders de 1949 à 1963 et un peu plus de cinq mille raiders (je dis bien plus de cinq mille ; quand la F. S. E. a recommencé une numérotation à 5 000 dans les années 1990, son estimation était un peu basse) reste un nombre impressionnant, sur les deux mille troupes qui existaient pendant cette période. Certaines villes, dont Paris, ont été fortement marquées. La totémisation et les ordres de chevalerie, parallèlement, ont reculé. Beaucoup de troupes, même sans parvenir à l’investiture tant désirée, ont tiré grand profit de leur progression, ont gardé leurs aînés et maintenu des effectifs élevés. Cinquante ans après, le mot de « raiders » conserve une la capacité de « faire rêver » dont je parlais dans le premier article, même chez les S. U. F. qui ne les ont jamais rétablis officiellement.

Alors ? Était-ce la solution définitive et si oui, pourquoi n’a-t-elle pas été continuée ? Suite au prochain épisode !

   

Iaume est de retour !

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Mise à jour le Jeudi, 14 Janvier 2010 17:06 Écrit par Fr Yves Combeau o.p.

Le tome III des aventures de Iaume le C. P. est né à Noël ! Le papa Yves Taillefer se porte bien... Il faudra quand même quelques relectures. Un indice pour les impatients : il commence deux jours (oui, deux jours) après la fin du tome II. Titre provisoire : Le frère du Lynx.

   

Que faire des aînés des troupes ? (première partie)

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Mise à jour le Jeudi, 14 Janvier 2010 16:53 Écrit par Fr Yves Combeau o.p.

 

D’abord, bonne et sainte année à tous.

 

La petite réflexion de cette semaine ne concernera que les unitaires, c’est-à-dire les mouvements qui ont pour unité médiane une troupe allant de douze à dix-sept ans, soit pour les catholiques, au premier chef, les S. U. F. et l’A. G. S. E.

La pédagogie unitaire présente des avantages et des défauts. Énumérer les avantages prendrait un certain temps ; aussi vais-je me contenter d’un défaut : il est difficile de motiver les plus grands, seize et dix-sept ans.

Certes, ils sont normalement seconds et C. P., ils ont des responsabilités et de l’autonomie. Mais tous les chefs savent qu’il devient difficile de les faire jouer. Jouer le jeu scout avec ses côtés indéniablement gamins, les maintenir en uniforme, les passionner pour une chasse au trésor ou une prise de château fort, enfin les faire rêver. Par « faire rêver », j’entends stimuler, par un cocktail d’imaginaire et de promotion de soi, de défi technique et de découverte, la motivation de garçons qui sont le plus clair du temps des lycéens abonnés aux soirées et à la console, qui fument parfois ou beaucoup (chers parents, ne vous aveuglez plus : tant que ce n’est que du tabac…), qui jouent les désabusés, qui ont déjà la tête à leurs études, à leur prépa, à leurs amours éventuelles, enfin qui ont passé l’âge de la bataille au foulard. L’univers mental du gars au bahut n’a plus rien à voir avec la troupe. Quand il revêt son uniforme, contrairement au novice, il a l’impression de se déguiser. Et l’on ne fait pas de bon scoutisme avec des aînés qui se sentent à côté du jeu, quelque soit leur bonne volonté.

Cette question est très ancienne. Les années 1930 (pas avant et pas partout, car en 1939 encore beaucoup de troupes s’arrêtaient à quinze ans).  Elle a connu beaucoup de réponses.

D’abord, de 1935 à 1947 environ, un jeu plus dur, plus physique, plus long, le « beau jeu » de Pierre-Louis Gérin et du « Signe de piste » version Foncine. Efficace mais jusqu’à un certain point, car un gars de dix-sept ans qui se bat « pour de vrai » peut devenir très violent. Des dérives ont été constatées et sanctionnées autour de 1945-1947 : pour retrouver dans le scoutisme la force poignante qui égalerait les impressions et les sentiments vécus pendant la guerre — pour ne pas trouver le scoutisme fade —, certains jeux allaient très et trop loin. J’ai retrouvé récemment un article de Jean Raspail qui remonte à l’époque où il était chef de la 36e Paris, Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle. Il n’hésitait pas à encourager les C. T. à aller jusqu’à un scoutisme « sauvage » pour ne pas perdre leurs aînés. L’article a fait débat et Raspail n’est pas un homme de nuances… Mais le problème était bien posé par sa pratique de chef.

Ensuite, à la même époque, des tentatives d’ancrer les récompenses reçues dans le scoutisme dans une vérité plus âpre et plus durable. Une première classe, sommet de la progression, n’est pas « valable » hors de la troupe et devient caduque dès que le garçon quitte la troupe. C’est un grand honneur, motivant quand on y aspire, mais après qu’on l’a reçue ? D’où l’idée d’ajouter une reconnaissance plus durable : la chevalerie, reçue pour la vie entière, qui fait entrer le garçon dans un corps — il n’y a pas de corps des premières classes, la première classe ne fait pas entrer dans une catégorie à part, sinon à la C. D. H. — et qui se prolonge au-delà de la troupe. La chevalerie est plus forte, plus évocatrice qu’un bout de tissu, fût-il rouge, qui ressemble trop pour certains garçons à un diplôme scolaire. Le chevalier est chevalier « pour de vrai ». Et par conséquent, la floraison d’ordres de chevalerie parallèles, dont le Foulard de sang n’est que le plus connu. Les défauts de cette solution sont cependant innombrables. Un ordre de chevalerie parallèle risque de dévaloriser le lien établi par la Promesse ; il concurrence la progression des classes ; n’étant pas officiel, il risque de devenir clandestin ; enfin il démantibule la troupe par l’existence d’un corps d’élite restreint en son sein.

C’est alors que Michel Menu et son équipe ont inventés les raiders… Mais ce sera pour le prochain article !

   

Huit idées reçues à l’usage des chefs scouts

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Mise à jour le Jeudi, 14 Janvier 2010 16:45 Écrit par Fr Yves Combeau o.p.

 

Huit idées reçues toutes simples et pratiques qui vont redonner le moral aux chefs scouts, aux chefs de groupe, aux aumôniers et à tous ceux qui croient qu’il est plus difficile d’être scout aujourd’hui qu’autrefois.

1) Il n’y pas moyen de trouver un local… Rien de neuf ; le plus ancien et sans doute le plus puissant groupe de Paris, Saint Louis, est vagabond depuis 1933. Soixante-seize ans de provisoire, de parents compatissants, de demi-solutions et de cantines dans les greniers. Quant à la très glorieuse 27e Paris, elle vit dans une cave depuis la même année 1933. Si, si, une cave. Entrée au ras du trottoir.

2) J’ai du mal à recruter des scouts… Certes, mais le scout, messieurs, ça va se chercher au tire-bouchon. En 1930 comme aujourd’hui. En 1930, quand on n’était pas une troupe des beaux quartiers, la plupart des gars de plus de quatorze ans travaillaient. Le fondateur de la 79e Paris, un C. P., était ouvrier ajusteur chez Citroën à Javel. Il avait quinze ans.

3) Les parents font de l’obstruction… Les parents ont toujours fait de l’obstruction. Il est même touchant de constater avec quelle constance les rallyes, les fêtes de famille et les décès de vieille grand-tante peuvent coïncider avec les week-ends de troupe. C’est à croire que de 1920 à aujourd’hui, les grands-tantes planifient leur enterrement en fonction du programme de troupe.

4) Mes scouts ont toujours école au mauvais moment… Ben oui. Le groupe de Saint-Thomas-d’Aquin qui n’arrivait à concilier les horaires de ceux de la communale, qui étaient libre le samedi, et de ceux de l’école des Frères, qui étaient libres le mercredi, a fini par créer deux meutes (la 195e et la 196e Paris). Plus ennuyeux, le directeur de Franklin a proprement coulé la troupe du collège (la 121e) au bénéfice des sacro-saints résultats scolaires. C’était en 1961. Comme la course aux résultats ne s’est pas ralentie, la guéguerre continue.

5) Mon aumônier se prend pour un chef… Depuis quatre-vingt-dix ans, cette espèce est assez répandue. Et compréhensible ; après tout, les aumôniers sont généralement les directeurs, responsables, référents, et tout autre synonyme de « chef », des activités auxquelles ils participent. Quant à ceux qui ont réellement été chefs scouts, ils ont en plus l’expérience avec eux. Un petit tour aux archives diocésaines de Paris, cartons 8 K 1 3 a à g, édifiera le curieux. Le grognement, la râlerie et la petite épitre rageuse n’ont jamais cessé.

6) Mes gars ne sont jamais en uniforme (ou tenue) correcte… Non, jamais. J’ai une jolie collection de clichés anciens, des Entraîneurs de Saint-Honoré-d’Eylau en 1916 aux raiders de la grande époque. Les scouts de calendrier mis à part, les gars ne sont jamais en tenue correcte. Un problème génétique, peut-être ? Ce qui n’empêche pas d’essayer…

7) Transporter ma troupe au camp est un casse-tête… De quoi vous plaignez-vous ? Avant 1937, il n’y avait pas une compagnie ferroviaire, mais cinq. Avec des tarifs tous différents. Et des billets de groupe applicables du 11 juillet au 23, sauf le 15, sauf les trains supplémentés, sauf le semi-direct de 12 h 34, à condition d’avoir l’avenant 345 Z-2 valable sur le P. L. M. et l’Est, mais pas en cas de correspondance à Culmont-Chalindrey. Les S. d. F. ont fini par créer un clan de routiers volontaires qui, entre autres services, remplissaient celui de prendre les billets pour les scouts. Le clan 101e Paris. C'est dire à quel point c'était compliqué.

8) Mes scouts sont nuls en installs… Allez, pour vous consoler, je vais dénoncer un scout célébrissime qui, quand il était chef, était nul en installs. C’était Pierre Joubert. Ses dessins sont somptueux, mais quand il était à la 14e Paris, ses installs étaient faites de trois brindilles nouées. C’est son ami Pierre-Louis Gérin qui, lui, était un génie du froissartage. Les installs de Joubert, c’est du Gérin !

   

La crise des Guides et Scouts d’Europe : le prévisible et l’étrange (dernière partie)

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Mise à jour le Lundi, 30 Novembre 2009 18:53 Écrit par Fr Yves Combeau o.p.

 

Donc, j’ai proposé trois motifs de conflit prévisibles : la question liturgique, la question de l’Europe, la question de la construction institutionnelle du mouvement.

Venons-en à l’étrange. L’étrange, c’est que depuis 2007 nous assistons, tant aux assemblées générales que lors des votes locaux, et surtout sur internet, à des scènes à côté desquelles les empoignades des poissardes de la halle font figure de pastorale fleurie. Si vous avez un peu suivi la chose, vous avez eu vent de l’huissier présenté par l’ancien commissaire national Route en pleine assemblée générale pour contraindre le commissaire général à appliquer un point de règlement, ou du landau rempli de bulletins de votes (où est passé le bébé ?), ou des échanges acides sur un forum internet entre la commissaire de provinces Guides de Paris et son homologue masculin de Versailles, ou des lettres ouvertes de tel et tel, ou des pétitions en cascades, ou…

Même si le coup du landau semble en partie inventé pour les besoins de la polémique, celui de l’huissier ne l’est pas, ni les innombrables « posts » du fils de la commissaire générale, ni encore le rôle bien mystérieux d’un nommé Angélis (vous avez bien lu, l’auteur de la très contestable « Véritable histoire »), du jeune Benoît Pénicaud, du moins jeune commissaire fédéral et de toute une galerie de commissaires de cinquante ans, pères et mères de famille, hommes et femmes de conviction, engagés, sérieux, graves, admirables mêmes, qui se sont conduits, et je le dis comme prêtre et comme responsable scout, pire que des gamins.

Quelle accumulation de frustrations et de colères a pu conduire à ce déchaînement ?  Comme tout mouvement scout, l’A. G. S. E. est un mouvement de passionnés. Passionnés par le scoutisme, mais aussi par leur propre mouvement. La passion est un moteur puissant pour l’action, mais elle obscurcit souvent le jugement… L’amusant (si l’on prend un peu de distance) est que le discours A. G. S. E. se présente souvent comme un discours très objectif, nourri par des textes, des références, des raisonnements. Or la passion est subjective.  

 

Le plus incroyable cependant restait à venir : le ralliement des minoritaires aux Scouts et Guides de France. Je crois pouvoir dire que l’observateur attentif, sinon parfaitement compétent, que j’étais s’attendait à tout, mais pas à cela : Morel et Bouchend’homme, une commissaire générale et un président, passant aux Scouts et Guides de France avec armes et bagages. Ni les Scouts et Guides de France ménageant une proposition unitaire pour des unités provenant de l’A. G. S. E. ! Mais pourquoi donc ? Qu’y gagnent-ils ? Des effectifs ? Que vont devenir ces troupes ex-A. G. S. E. chez les Scouts et Guides de France ? Seront-elles « digérées » ? Coexisteront-elles avec le reste du mouvement alors que leur pédagogie est radicalement différente ? Que signifiaient pour ces cadres l’Europe et le projet du mouvement qu’ils ont défendu pendant plus de vingt ans, maintenant qu’ils sont dans un autre mouvement ? Quel est le sens de tout cela ?

Je ne veux pas faire de projection numérique et j’en serais bien incapable. L’avenir me paraît assez difficile à dessiner. J’ai cherché à comprendre ; je crois avoir discerné quelques éléments-clés que j'ai développés dans les articles précédents. Là dessus, une bagarre, un changement de majorité, des coups de gueule, très bien. Des gamineries et des glapissements sur internet, c’est désolant, mais je me bornerais à remarquer qu’un peu de modestie dans les années passées (on peut être commissaire, avoir pris son Départ routier, être père de six enfants, avoir passé trente ans dans le mouvement, et ne pas se prendre au sérieux) eût rendu ces fièvres moins étranges. Mais l’aboutissement de la crise, cette scission après l’assemblée générale de 2009, là, je l’avoue, je suis dépassé… Et vous ?

   

La crise des Guides et Scouts d’Europe : le prévisible et l’étrange (troisième partie)

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Mise à jour le Lundi, 23 Novembre 2009 17:18 Écrit par Fr Yves Combeau o.p.

Courage, voici la troisième et avant-dernière partie du petit feuilleton A. G. S. E. qui, j’en suis sûr, vous fait déjà tourner la tête.  

Le troisième problème qui était prévisible réside dans la façon dont le mouvement a été construit. Cette construction comprend en effet une contradiction interne qui ne peut que générer des tensions.

D’un côté, l’A. G. S. E., comme toute association, regroupe des volontaires qui y adhèrent de leur plein gré et disposent d’un droit de vote (je parle naturellement des membres majeurs). Ce droit de vote permet de choisir les dirigeants du mouvement.

De l’autre, l’A. G. S. E. a été structurée de façon strictement pyramidale, avec une grande abondance de cadres dotés d’une autorité forte. La liste des titres de fonction qu’on trouve dans un numéro de Maîtrises en 1972 laisse même songeur, parce qu’à cette époque, les effectifs étaient loin de justifier une telle pyramide hiérarchique ! Chaque échelon nomme ou révoque l’échelon inférieur, normalement sans appel ; un commissaire de district peut ainsi remanier une maîtrise de troupe à son gré ; un commissaire de province nommer ou révoquer un commissaire de district. L’important est de noter qu’il n’existe pas de corps intermédiaire ni de contre-pouvoir.

Or cette autorité, les cadres de l’A. G. S. E. ne se privent pas, depuis les origines, d’en user. En bref, tu plies ou tu pars. De surcroît, la subsidiarité n’a pas cours : un cadre peut se subroger à son n-1 pour sanctionner un n-2. Chose fort courante à Paris, des années 1970 à aujourd’hui.

Cette construction a un avantage : elle est efficace. C’est son but. Mais elle a un défaut : elle est brutale. Conçue pour accompagner la croissance d’un grand mouvement, elle génère des dissensions en période de crise, généralement traduites par des démissions. Pour contraindre durablement, il faut maintenir l’enthousiasme qui fait accepter efforts et sacrifices. Mais sur la durée, tout enthousiasme se délite. Et la contrainte devient pesante. Surtout quand elle imposée par un adulte de cinquante ans qui a été chef quand vous n’étiez pas né.

Ces difficultés pourraient être en parties résolues par le jeu de la démocratie. Mais ce n’est pas le cas, car tout le monde sait que, dans les mouvements scouts comme dans la plupart des grands mouvements (catholiques ou non), la présentation des candidats équivaut à cooptation. Elles pourraient aussi être résolues par le choix de mandats courts et non renouvelables : là encore, il n’en est rien. L’A. G. S. E. se fait même une spécialité de cadres très durables. Chaque cadre énumère habituellement, après sa signature, les fonctions qu’il a remplies depuis dix, vingt, trente ans. Bel esprit de service, mais aussi sentiment de propriété et difficulté à se renouveler. Château-Landon un jour, Château-Landon toujours ?

C’est le manque de subsidiarité dans la hiérarchie féminine qui a engendré les prodromes de la crise à Paris. Une commissaire de province qui se nomme elle-même commissaire de district, pratique assez fréquente, mais un peu trop systématique. Les protestations reçoivent une fin de non-recevoir assortie d’un petit sermon sur la fidélité au mouvement. Acceptable dans la fièvre de la conquête, en 1970, mais en 2007 ? Parce qu’il est jeune et qu’il n’a pas été commissaire, un chef doit-il être traité comme un gamin ?

C’est la trop grande durée de cadres au sommet de l’association qui a produit des frustrations et un sentiment que le mouvement a été confisqué par quelques-uns.

C’est enfin, paradoxe, l’élargissement du corps électoral par un système complexe de délégués qui a donné l’idée qu’un recours démocratique était possible. Une commissaire de province, dans un vote douteux, a tranché arbitrairement pour la déléguée qu’elle préférait. Frustrés de leur vote, les mécontents ont exigé qu’en plus des candidats au conseil d’administration que présentait (cooptait) la direction nationale, des candidats libres fussent admis, conformément au droit commun. Il y a donc eu plus de candidats que de postes. Le vote à l’assemblée générale est devenu un enjeu.

Mèche allumée, baril chargé, jeu dans les douelles. Cette fois, la crise pouvait commencer.

   

La crise des Guides et Scouts d’Europe : le prévisible et l’étrange (deuxième partie)

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Mise à jour le Dimanche, 15 Novembre 2009 18:08 Écrit par Fr Yves Combeau o.p.

 

Deuxième partie du petit feuilleton A. G. S. E. qui tient la France scoute en haleine depuis deux ans… 

Était prévisible aussi, bien qu’il ait été peu question dans le débat, un conflit au sujet de l’Europe. Car ce conflit, comme le précédent, est des plus anciens à l’A. G. S. E.

D’un côté, Périg Géraud-Kéraod, le fondateur, et ses héritiers (Maurice Ollier, Jacques Mougenot…). Pour ces responsables, les Scouts d’Europe sont les Scouts de l’Europe. Un mouvement d’abord européen, créé pour l’Europe, à direction européenne. Le projet est de contribuer à la construction d’une Europe fraternelle et chrétienne, basée sur des éléments de civilisations propres à l’Europe et naturellement sur l’héritage de la Chrétienté occidentale, c’est-à-dire chrétienne. Avec pour Géraud-Kéraod une nuance supplémentaire : l’Europe n’est pas l’Europe des nations, mais celle des peuples, parmi lesquels ce régionaliste militant (c’est un euphémisme) compte les Bretons, les Flamands, les Gallois. Lorsque Géraud-Kéraod écrit « compatriotes », ce n’est pas des Français qu’il parle, mais des Bretons. C’est avec un groupe breton, bretonnant, autonome et autonomiste qu’il a rejoint la F. S. E. en 1962 et sa vision de l’Europe chrétienne des peuples n’a jamais changé. Ses héritiers ne tiennent pas ce discours, mais il est patent que pour eux, la dimension européenne de la fédération prime sur les questions françaises.

De l’autre, les patriotes. Ce sont ces chefs, ces cheftaines, ces parents et ces jeunes qui ont rallié l’A. G. S. E. à partir de 1965. Pour eux, l’A. G. S. E. est ce mouvement structuré, chrétien, efficace, sérieux, qui se substitue aux S. d. F. réformés. La plupart, du reste, viennent desdits S. d. F. — on a dit le contraire, mais je maintiens cette affirmation. Ces chefs, parents et jeunes sont des patriotes par engagement — ils ont promis de servir la patrie, et il s’agit de la France —, par inclination, même par profession, car beaucoup, dont Coligny et You sont les plus connus, sont des militaires. Quand Géraud-Kéraod veut maintenir son entité bretonne ou semble encourager une Europe politique fédérale, ils tiquent. Ils ont tiqué en 1966, quand au fameux rassemblement du Mont-Saint-Michel où fut adopté le Baussant, Géraud-Kéraod avait interdit les drapeaux nationaux. Ils ont tiqué en 1968 : c’est l’assemblée générale d’Athis-Mons, un tiers d’opposants et la scission des Scouts Saint-Georges. Ils ont probablement tiqué en 1983-1986 : c’est le départ (forcé) de Géraud-Kéraod…

De plus, je ne crois pas hasardeux d’affirmer qu’une génération entière de chefs et de jeunes n’a de l’Europe qu’un souci relatif. Voire nul. Patriotisme juvénile, souvent extrême, des années 1980 et 1990, troupes traditionalisantes qui mêlent volontiers messe de toujours et France de toujours… Je serais curieux de connaître le vote des chefs A. G. S. E. en 1992, au moment du traité de Maëstricht ! Certes, l’Europe A. G. S. E. n’est pas forcément l’Europe politique de Bruxelles, mais de quoi parle-t-on quand on parle d’Europe dans une unité A. G. S. E. « de base » française, si tant est qu’on en parle ?

Enfin, il est patent que la France représente à elle seule plus de la moitié des effectifs de la fédération et que le reste est très dispersé, Italie et Pologne exceptées. Non seulement la plupart des dirigeants fédéraux est française, mais les Français comprennent mal que la fédération entende leur imposer des choix. Les tensions entre l’A. G. S. E. (française) et l’U. I. G. S. E. (européenne) n’ont donc pas manqué, en particulier pendant les années 2000. N’ai-je pas entendu un cadre national me confier, avec bonne humeur, que l’U. I. G. S. E., somme toute, n’avait qu’à suivre ? Or un conflit entre France et fédération, c’est un conflit entre Permingeat et Mougenot.  

Voici déjà notre baril bien chargé. Suite au prochain épisode !

   

La crise des Guides et Scouts d’Europe : le prévisible et l’étrange (première partie)

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Mise à jour le Jeudi, 05 Novembre 2009 23:18 Écrit par Fr Yves Combeau o.p.

L’actualité du petit monde scout vit, depuis 2007, c’est-à-dire juste après les célébrations du centenaire du scoutisme, au rythme de la petite guerre interne qui secoue l’A. G. S. E. Je l’avoue, je ne l’avais pas vu venir. Cette crise m’a intéressé, amusé — il faut savoir s’amuser —, inquiété, finalement intrigué.

Elle ne m’a pas intrigué en tant que crise : ce n’est pas la première de l’A. G. S. E. Ni par ses motifs ; ils font partie de l’histoire de ce mouvement. Elle m’a intrigué par son développement. Je vais essayer de dire ici ce qui était prévisible et ce qui ne l’était pas.

Était prévisible un conflit sur la liturgie. On se souvient que c’est d’une meute traditionaliste « saint Pie V » de Toulon qu’est né le conflit : l’attitude polémique de l’abbé Loiseau (être dans son droit n’autorise pas forcément la campagne de presse…), la réponse inappropriée de Jean-Michel Permingeat, les gaffes du cardinal Castrillon Hoyos et de ses assistants (appelons un chat un chat et une gaffe une gaffe), tout cela ne pouvait que réveiller un conflit fort ancien à l’A. G. S. E., 1975, et qui pourrait se résumer ainsi : l’A. G. S. E. est un mouvement qui n’a jamais eu de direction traditionaliste, dont les textes à ce sujet ont toujours été, même avant la réforme liturgique de 1969, parfaitement clairs, mais qui a toujours connu des chefs et des unités traditionalistes. D’où des campagnes de mise au pas et de renvois, en 1975-1977, en 1989-1991, autour de 2000. Mais pourquoi le traditionalisme refleurit-il aussi obstinément ? Eh bien ! Parce que dans ce mouvement, l’ancienneté crée une sorte de droit, de légitimité, et que l’A. G. S. E., dans ses première années, a vu certaines de ses unités devenir traditionalistes sans que la direction du mouvement l’ait voulu. Le fait aurait ainsi plus ou moins créé le droit. C’est ainsi que le « fief » traditionaliste du Chesnay, antérieur à 1970, a toujours été toléré, comme d’autres fiefs… D’où un sentiment, de la part de certains traditionalistes, que l’A. G. S. E. est leur maison naturelle, qu’ils ont droit d’y venir ou d’y revenir, quoi que dise la hiérarchie. Et le sentiment de la part de certains cadres qu’en effet, la porte peut se rouvrir. Jacques Mougenot n’a-t-il pas renoncé à exclure ; Paris n’a-t-il pas vu, par deux fois, la réintégration d’unités exclues quelques mois plus tôt et tout aussi latinisantes que devant ?

À ce problème proprement liturgique qui, numériquement, a toujours été assez marginal (quoique visible) s’ajoute un autre problème : l’A. G. S. E. a tenu jusqu’aux années 1990 des positions idéologiques qui sont souvent communes avec celles des traditionalistes. Il ne s’agit pas ici de liturgie, mais de vision de la famille, de la société, de l’Église, du destin de l’Europe, bref de toutes sortes de sujets. Elle en est parfaitement libre : un mouvement catholique a sur la société les opinions qu’il veut, du moment qu’elles ne sont pas contraires à l’Évangile. Mais il en résulte une inévitable confusion chez les jeunes chefs.

En réalité, l’A. G. S. E. de Jean-Michel Permingeat se trouvait depuis le début des années 1990 dans une situation difficile : très désireuse d’obtenir la reconnaissance ecclésiale qui lui a si longtemps et si injustement été refusée, elle ne désire pas laisser place à des traditionalistes qui, par leur discours souvent revendicatif de minorité, ranimeraient les soupçons de traditionalisme général au mouvement dont, justement, l’A. G. S. E. souffre depuis 1970 et même plus tôt. Mais d’un autre côté, les traditionalistes « motu proprio » sont en droit des catholiques comme les autres… Donc, le principe et la politique (l’inévitable politique) s’affrontent.

Il suffit d’ajouter que l’A. G. S. E., contrairement aux S. U. F., est un mouvement de mémoire longue, où certains cadres sont en place depuis les années 1970, où par conséquent les vieilles querelles restent dans les têtes. Le site www.paixliturgique.com qui, comme son nom de l’indique pas, a plutôt engendré la guerre, n’est-il pas dirigé par d’anciens chefs traditionalistes de Paris dont le groupe a été exclu de l’A. G. S. E. dès 1975 ? L’affaire de Toulon a mis le feu à la mèche…

Mais la mèche n’était pas le baril : d’autres clivages allaient jouer. Lesquels ? Suite au prochain épisode !

 

   

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