Yves Combeau
Nouvelle histoire du scoutisme catholique en France : le livre est prêt !
Mise à jour le Samedi, 29 Mai 2010 16:18 Écrit par esapd sklkfd
Message des Editions Monceau
Nouvelle histoire du scoutisme catholique en France est désormais disponible dans "Librairie"
Le Père Yves Combeau, un des meilleurs spécialistes du scoutisme en France, nous livre une histoire objective et réfléchie du mouvement scout depuis ses origines. Fondé sur une intense recherche, l’ouvrage est riche de faits inédits et apporte des interprétations nouvelles sur les mutations du scoutisme, souvent vécues avec passion, rarement explicitées si clairement. A travers le scoutisme, c’est un des visages de la jeunesse que l’on découvre ; une jeunesse qui se confronte aux évolutions de la société et de l’Église, qui s’adapte et qui trouve son originalité.
À tous ceux qui ont été scouts ou qui le sont, ce livre rappellera d’heureux souvenirs de leurs aventures.
Ce livre est vendu uniquement via le site du Père Yves Combeau dans la catégorie "Mes livres"
Ecrire pour un lecteur de quinze ans
Écrit par Fr Yves Combeau o.p.
Suite des réflexions à l'occasion du tome III des aventures de Guillaume le C. P.
Le roman scout a une particularité : il est écrit pour les scouts (ou ceux que les histoires de scouts intéressent), mais pas par des scouts. A quinze ans, on écrit souvent des romans, mais on ne les publie guère... Ce qui est peut-être vexant, mais plutôt heureux pour la littérature, parce qu'à quinze ans, on vit les choses, très fortement même, mais on ne sait pas les écrire. C'est ainsi. Il faut quinze ou vingt ans de travail pour faire un écrivain potable. Même Victor Hugo est barbant comme la pluie dans ses poèmes de jeunesse.
Donc, quand vous devenez capable de raconter des histoires de scouts, vous n'avez plus l'âge de les vivre. Vous êtes un adulte. Avec un travail, des impôts à payer, des enfants parfois, des soucis souvent. D'où sortent alors ces aventures que vous racontez, ces sentiments que vous mettez en scène, ces dialogues qui résonnent de ligne en ligne ?
De vos souvenirs ? Oui, souvent. Je n'ai pas beaucoup d'imagination ; je puise beaucoup dans mes souvenirs. Mais cela amène à se demander dans quoi puisent les auteurs qui n'ont pas été scouts. Quoi qu'à dire vrai, je ne connais pas beaucoup d'auteurs de romans scouts qui n'ont pas été scouts eux-mêmes, de Foncine à d'Izieu.
Des scouts que l'on continue de rencontrer ? Sans nul doute. Pour cela, il faut précisément rester au contact des scouts, donc être chef (Foncine), aumônier (d'Izieu, Valbert), éventuellement parent. Mais ici, la question est celle du regard que l'adulte-auteur pose sur les scouts. Si c'est un regard extérieur, étranger, un regard obscurci par les soucis et les conceptions de l'adulte, le roman sera lui-même "extérieur" ; il tombera à côté. On aura du prêchi-prêcha ou des invraisemblances, des dialogues peu réalistes, des sentiments certainement très nobles, mais dans lesquels aucun lecteur ne se reconnaîtra. Défaut hélas courant.
Mais si le regard est trop intérieur, si l'adulte-auteur oublie qu'il est adulte, il donnera lui-même dans tous les défauts qu'aurait eu le roman écrit par un garçon ou une fille de quinze ans : histoire mal structurée (parce que les adolescents ont du mal encore à structurer le continuum des événements de leur propre vie), registres de langage mal maîtrisés, romantisme maigre, mytho impromptu et non nécessaire, fulgurances parfois, mais encombrées de scories. Cette espèce d'auteur est plus rare que la première, mais elle existe. Foncine lui-même n'en a pas été loin.
L'adulte-auteur doit donc porter sur son sujet, le scout, un regard "intérieur", fraternel, complice, sympathique au sens propre -- c'est-à-dire "qui sent avec", en termes chrétiens, en communion -- tout en conservant la clarté et la maîtrise de son intelligence et de son affectivité adultes. Il doit se dédoubler : il est le jeune et il ne l'est plus ; il est celui qui vit (quand j'écris une bagarre, je suis littéralement dedans ; j'en ressort épuisé et quelque peu hagard, et de plus très content) et celui qui regarde (et critique d'un œil froid le style, l'utilité, le sens de ce qu'il vient d'écrire).
Or cet étrange travail de dédoublement, d'intérieur et d'extérieur simultanés, est précisément celui que doit faire tout éducateur et, par conséquent, tout chef scout. Il n'y a pas de juste milieu ni d'alternative. Il faut être l'un et l'autre. Expérience fort intéressante à vivre, sinon toujours aisée. Essayez donc !
Comment les légendes se font
Mise à jour le Samedi, 29 Mai 2010 10:26 Écrit par Fr Yves Combeau o.p.
C'est une légende scoute. De Paris. Elle tient en peu de mots : au cours d'une totémisation, un scout aurait été attaché sur les rails d'une ligne de chemin de fer et serait mort d'une crise cardiaque en entendant un train arriver...
"De mon temps", c'est-à-dire vers 1990, il y a vingt ans, donc, on attribuait cette légende à la VIIe Paris (Saint Michel). Il est vrai qu'on ne prête qu'aux riches et que la VIIe ne s'était pas fait une réputation de tendresse. A cette époque, donc, fort lointaine (comment, objectez-vous, c'était hier ? Mais en 1990, les C. P. d'aujourd'hui n'étaient pas nés !), la VIIe accumulait sur elle toutes les légendes noires du scoutisme. Lorsqu'on me raconta cette légende, je n'y crus pas trop. Depuis, j'ai appris des choses auxquelles, hélas, il m'a fallu croire. Mais le coup d'attacher à des rails... Pour quoi faire ? Dans une totémisation, il était question de feu ou d'eau, mais de rails, point. Sans compter, c'est l'inconvénient d'être logique, que je ne vois pas très bien comment attacher qui que ce soit à un rail. Essayez, pour voir.
Donc, une légende. Un de ces trucs qu'on se raconte en patrouille au coin du feu pour faire peur aux plus jeunes.
Or cette légende, je l'ai entendue deux fois ces derniers mois. Ce qui m'a bien fait sourire.
La première fois, lors d'une rencontre avec des anciens du groupe Pasteur de Paris (71e SdF, etc.). Ces chefs des années 1950 se souvenaient parfaitement de la légende du totémisé attaché aux rails qui... Ma pauvre légende de la VIIe était donc beaucoup plus vieille que je ne le croyais ! En 1950, ni la VIIe ni son mouvement (la FSE) n'existaient !
La deuxième fois, dans la bouche d'un de mes scouts actuels de la 27e Paris. Le jeune Louis, treize ans, l'avait entendue dans sa patrouille. Ou bien était-ce à Franklin ? Bref, la légende était toujours vivante. Naturellement, elle n'était plus attribuée à la VIIe, qui n'est plus que l'ombre d'elle-même et dont la réputation s'est effacée du "PSP" (paysage scout parisien), mais à je ne sais plus quelle troupe. Ce qui fait soixante-dix ans de vie à cette indéracinable légende du scout attaché aux rails !
L'intéressant de cette anecdote est d'ordre pratiquement anthropologique : elle montre comment se transmet une légende purement orale et sans aucun fondement avéré dans une société juvénile par-dessus les générations et les mouvements. C'est une histoire de coin du feu, de marche de nuit, de cour de récréation ; une histoire de pré-adolescents qui aiment à croire qu'ils pourraient avoir peur ; la troupe incriminée varie selon les décénnies, mais la légende reste intacte dans son schéma.
Son invraisemblance est d'autant mieux acceptée que les transmetteurs ne sont pas totémisés et ne le seront probablement pas. Ils ne savent donc pas ce qu'est une totémisation, mais ils savent qu'il y a eu (et qu'il y a) des totémisés. C'est un récit de l'au-delà d'une frontière, un peu comme nos ancêtres parlaient des tribus de géants en Amérique. Ou des cités d'or... Le jeu scout ne cesse, précisément, de frôler cette frontière. Frontière de l'exploit, du dépassement de soi, mais aussi du terrible, du dangereux. Il ne cesse de frôler la transgression. Transgression de la violence, mais aussi transgression des bornes du réel. S'il ne le fait pas, il n'a aucun intérêt pour ceux qui le jouent ni pour ceux qui le conçoivent, puisque le dépassement de soi n'est que la face positive du mouvement de "passer outre" (trespassing) dont la transgression est la face négative.
Cette légende est aussi marqué par le spectre de la mort, "passer outre" ultime qui entre dans l'esprit du garçon à cet âge et qui fait qu'il est très nécessaire, à cet âge précisément, de lui apprendre la mort et la résurrection, pivot de la foi chrétienne.
Ainsi, une légende têtue, qui revient comme le canard pendant plus de sept décennies et probablement encore longtemps, nous apprend beaucoup de choses sur la réalité des frontières auxquelles les scouts, adolescents, se confrontent, et dont nous avons, nous, éducateurs, à faire tenir compte dans notre réflexion et nos jeux. C'est en partant de cette réalité-là, et non de nos programmes adultes, que nous toucherons et éleverons. Il est bien d'autres fondements anthropologiques que celui-ci : la difficulté de parvenir à des relations d'amitié authentique, par exemple, difficulté qui se traduit au mieux par une frustrante superficialité des relations, au pire par la forme inversée de l'amitié, qui est la détestation. J'en traite un peu dans Le frère du Lynx.
L'exploration du scout n'est pas que l'exploration physique des jungles hostiles du Massif central ou du Haut-Dauphiné ; elle est aussi l'exploration de son cœur.
Roman scout ?
Mise à jour le Lundi, 10 Mai 2010 12:41 Écrit par Fr Yves Combeau o.p.
Le tome III des aventures de Guillaume le CP est terminé ! Ce qui m'a donné l'occasion de réfléchir un peu en écrivant.
Les deux premiers tomes ont rencontré des critiques positives (merci, merci) et quelques critiques négatives (une, en fait). C'est normal. Les auteurs détestent les critiques négatives, mais telle est la règle du jeu. Pour être objectif, j'ai essayé de trier. Et cela donne ce qui suit.
1) On peut critiquer sur le style, sur la construction, bref sur la technique. C'est ce que fait mon éditeur le premier... Ces critiques sont toujours bienvenues. Tout auteur peut progresser. J'ai des faiblesses techniques, quelques-unes que je vois, d'autres que je ne vois pas.
2) On peut dire qu'on n'aime pas. Le goût est personnel, mais il est loisible de l'exprimer. Tenez : j'aime Péguy et je n'aime pas Mauriac, j'aime Morand et je n'aime pas Cendrars, et ainsi de suite. Mon goût n'est pas toujours cohérent (Péguy, l'auteur le plus lent du XXe siècle français ; Morand, le plus rapide...), mais voilà, c'est ainsi. Dans le roman scout, il y a des auteurs que j'aime (Foncine, d'Izieu, Leprince) et d'autres qui me barbent.
La personne qui a détesté mes romans est-elle même auteur de romans scouts. Je n'aime pas ses romans, mais je dois convenir qu'ils ont du succès, qu'ils sont écrits avec soin, très bien illustrés, bref qu'ils ont beaucoup de qualités. Un auteur peut être critique d'un autre auteur, et même un critique pertinent. Encore un fois, c'est une question de goût. C'est ainsi qu'on compose un "paysage" littéraire varié et riche.
3) Mais ce qui m'a plus qu'agacé, c'est que la critique a porté sur le scoutisme que je mettais en scène et sur le fait même que je le mettais en scène. Je m'explique. Les aventures de Guillaume sont les aventures d'un grand scout (seize, dix-sept ans), écrites pour des grands. Autant dire qu'on est assez loin de la comtesse de Ségur. On y trouve de la bagarre, des sentiments violents et contradictoires, de l'esprit chevaleresque exprimé parfois de façon brutale, mais aussi du mauvais esprit. Quand ça cogne, ce n'est pas toujours très élégant. Quand on se réconcilie, c'est sincèrement, mais sans jolis discours (un adolescent est singulièrement malhabile aux discours...).
La critique a donc pris deux formes : a) ça n'existe pas ; b) ça existe peut-être, mais il ne faut pas l'écrire.
La forme a) est stupide. Ou bien le critique a vécu un scoutisme fictif. Quiconque a été scout sait que les scouts sont nobles et brutaux, généreux et maladroits, remplis d'idéal et hésitants à exprimer cet idéal, bref, pleins d'élans et de contradictions. C'est cela qui m'intéresse : le progrès du véritable esprit scouts dans des personnalités adolescentes qui sont ce qu'elles sont, avec leurs limites et leur richesse. On ne fait pas des saints avec des garçonnets d'images pieuses, mais avec de vrais garçons. C'est du bon sens éducatif et spirituel.
La forme b) est plus intéressante. Le sous-entendu est que le roman scout est un genre à vocation éducative, et que pour atteindre son but, il doit idéaliser la réalité. Qu'il y a des choses qu'on ne peut pas dire. Qu'il faut embellir pour exhorter.
Ma foi...
Ma foi, non. Je ne le crois pas. Le mensonge pieux reste un mensonge. Il y a effectivement un certain nombre de choses qu'il convient de ne pas dire, parce que le lecteur habituel du roman scout n'est pas un adulte. Et il est avéré que le lecteur adolescent s'identifie aux héros dont il lit l'histoire. Mais l'identification à un héros idéal est dangereuse, parce qu'elle ne prépare pas à affronter les contradictions dont est faite toute identité réelle. Trop de (pieuse) fiction risque de faire aspirer à une vie (pieusement) fictive. C'est ce dont Foncine était persuadé comme auteur (et on l'a sévèrement critiqué) et ce dont Joubert était persuadé comme illustrateur (et il a souffert parfois de ne recevoir de commande que de dessins idéaux, parfaits, purs).
Lorsque j'ai commencé d'écrire, je voulais donner un témoignage. Un témoignage véridique. La vérité a sa vertu propre. Elle porte ses leçons propres. Si des scouts et des guides de dix-sept ans pouvaient lire mes romans, s'y reconnaître et reconnaître leur quête d'idéal au travers d'une réalité à la fois triviale et superbe, mon but serait atteint.
Encore la crise des Guides et Scouts d'Europe
Mise à jour le Mardi, 13 Avril 2010 13:40 Écrit par Fr Yves Combeau o.p.
Un correspondant de premier plan m'a écrit au sujet de ma petite série sur la crise des Guides et Scouts d'Europe. Je l'en remercie, naturellement, et j'ai pris ma plume pour lui répondre.
Ai-je besoin de préciser qu'il n'était pas entièrement d'accord avec mes propos ? On écrit rarement, en France, pour dire qu'on est d'accord...
Beaucoup de remarques étaient factuelles. Je les redonne : l'assemblée générale de 1968 a eu lieu à Issy-les-Moulineaux ; ma vision du dysfonctionnement de la subsidiarité à la FSE est un peu caricaturale (c'est vrai, d'autres me l'ont dit, mais enfin, il y a eu des problèmes) ; la position de FSE à l'égard de la question liturgique a toujours été claire, et strictement conforme aux dispositions conciliaires (parfaitement exact).
D'autres remarques cependant m'invitent à aller plus loin. Mon correspondant nie que la question liturgique ait joué dans la crise. Il me semble pourtant que les textes publics de trois évêques et d'un cardinal sont assez pour affirmer qu'il y a aussi - je dis bien aussi - une question liturgique. Cette question n'est pas la cause de la crise ; j'en conviens volontiers. La crise, qui est une crise de gouvernance, couvait depuis plus longtemps. Mais ce n'est pas parce qu'une question est marginale qu'elle est nulle. De plus, si marginale soit-elle, elle a déterminé des votes - pas tous les votes, mais une certaine proportion - et donc contribué au changement de majorité, et de "gouvernance". Il est indubitable que voter pour ou contre tel candidat en fonction de déterminants liturgiques était faire une confusion. Mais cette confusion a eu lieu chez certains. Il suffit de lire les blogs et les forums de 2007 et de 2008.
Ce qui pose la question de la démocratie dans un mouvement dont les électeurs sont en grande majorité des jeunes de dix-huit à vingt-cinq ans. Je l'ai dit, certains mouvements contournent les difficultés potentielles soit en les désamorçant (les élections à l'AG chez les SUF sont presque purement formelles), soit en modifiant le corps électoral (les SdF des années 1950 et 1960 recouraient à un système de corps électoral restreint, système que les unitaires n'ont pas manqué de dénoncer).
Mon correspondant souligne que le problème principal était un problème de gouvernance. Cela est vrai. Mais qui dit gouvernance dit politique, et qui dit politique dit... manoeuvres, intox et manipulation. J'ai voulu ne pas entrer trop là-dedans, d'abord parce que cela n'intéresse pas tous les lecteurs, ensuite parce ce n'est pas forcément à l'honneur de ceux que j'eusse pu nommer. Il est vrai que d'autres en fussent sortis grandis, par leur refus d'entrer dans des querelles politiques. La FSE, comme l'Eglise, est faite de pécheurs qui ont vocation à être saints, mais qui ne le sont pas encore...
Enfin, mon correspondant m'invite à me pencher sur le ralliement de certains responsables nationaux aux SGdF, au sein de la proposition "Patrouilles". Il pense, comme beaucoup, que cet étrange ralliement avait été préparé, négocié de longue date. Avant même 2006... Là encore, des noms pourraient être avancés, des manoeuvres exposées. Pour ma part, je me méfie des théories du complot, quelles qu'elles soient. Mais je conviens que des gestes ont été esquissés avant 2006 et que certains propos de Bouchend'homme, pour ne citer que lui, avaient de quoi mettre la puce à l'oreille. Jusqu'à quel point cet étrange projet, s'il était vraiment constitué avant que la crise n'explosât publiquement, a-t-il joué dans la crise elle-même ? Faut-il en conclure que l'opposition aux commissaires généraux en place en 2007 a eu pour cause première la crainte qu'ils missent à exécution un tel projet de ralliement ?
J'ai du mal à le croire. Je ne dis pas que c'est impossible : simplement que j'ai du mal à le croire. Le doute est le premier geste historien.
Petites questions polémiques sur la mixité dans le scoutisme
Mise à jour le Mardi, 06 Avril 2010 19:43 Écrit par Fr Yves Combeau o.p.
Les questions que je vais poser pourront paraître polémiques. Mais d’abord, c’est mon blog, et ensuite, ce ne sont pas des questions issues de positions de principe, mais des questions nées de constats effectués en ce moment, 2010, dans un lieu donné, Paris.
Le point de départ est le suivant : à Paris, il existe trente-cinq groupes S. G. d. F. Certains très importants, d’autres tout petits, certains en bonne santé, d’autres quelque peu anémiés. Or un pointage statistique donne un double constat :
1. — Les groupes qui sont nombreux ne sont pas mixtes.
2. — Les groupes qui sont mixtes, souvent, se féminisent, maîtrises et jeunes. C’est-à-dire que les garçons se raréfient jusqu’à en disparaître.
Naturellement, ce constat n’a de valeur que statistique. Et je compte sur la bienveillance du lecteur pour m’accorder que mes calculs sont exacts.
Mais cela étant posé, voici les questions :
1. — La mixité chez les S. G. d. F. est normalement tempérée par une vie en équipes non mixtes, avec des temps différenciés. En fait, dans une unité petite (moins de dix enfants), il n’est pas possible de distinguer des équipes. C’est le cas de beaucoup de postes. Faut-il donc admettre qu’on est passé à la mixité complète ?
2. — Sauf exception, le garçon préadolescent et jeune adolescent n’est pas au même stade de maturation que la fille au même âge ; à la différence des sexes d’ajoute donc un clivage de préoccupations, d’enthousiasmes et de jeux. Comment tenir l’unité de la troupe 12-14 ans dans ce cadre ? Que devient le concept de « fraternité » avec de tels contrastes ?
3. — La féminisation des unités tendrait-elle à montrer qu’une majorité de filles tend mécaniquement à « chasser » la minorité de garçons ? Il me semble que oui. N’observe-t-on pas le même phénomène dans les aumôneries, l’A. C. E. et autres groupes d’adolescents ? Sans parler des professions qui, semblablement, se féminisent ?
4. — Comment un garçon adolescent et grand adolescent se comporte-t-il avec une cheftaine (de troupe, de poste) ? Quel rapport à l’autorité, sachant que, même si le terme en usage chez les S. G. d. F. est désormais « animateur », il y a bien, au moins à certains moments, des rapports d’autorité ?
5. — Si, comme je le crois en fait, les rapports d’autorité de cheftaine à garçon et de chef à fille sont possibles et même très intéressants (et réciproquement, je pourrais poser toutes sortes de questions sur les rapports d’autorité de chef à garçons dans les troupes unitaires), les chefs et cheftaines S. G. d. F. n’éprouvent-ils pas des difficultés à passer d’un comportement à l’autre, c’est-à-dire de passer de la fille au garçon ?
6. — Si donc la mixité est un pari intéressant, stimulant, elle est aussi un pari difficile. Est-ce là l’explication de la particularité statistique que j’ai signalée, que les groupes les plus nombreux sont ceux qui ne sont pas mixtes ?
7. — Les nouveaux systèmes de représentation (peuplade, tribu, caravane) ont été pensés en fonction de la mixité. Dictés à partir d’un programme de progression, ils sont complexes. Comment fonctionnent-ils avec la psychologie du garçon, qui a souvent besoin (au moins jusqu’à quinze ans) de systèmes de représentation simples où il cherche une identité de substitution ?
8. — Pour finir, question en retour pour les unitaires, c’est-à-dire F. S. E. et S. U. F. N’est-il pas temps, au-delà de dix-sept ans, d’explorer les défis et les apports d’une certaine mixité, aussi bien dans le service que dans l’aventure ? Je sais bien que je mets les deux pieds dans un plat, mais…
Que faire des aînés des troupes ? (dernière partie)
Mise à jour le Jeudi, 18 Mars 2010 17:39 Écrit par Fr Yves Combeau o.p.
À cette question, les mouvements unitaires (F. S. E., S. U. F., Scouts Saint-Georges et autres) ont apporté des réponses variées et surtout, hésitantes.
Les S. U. F. se sont toujours méfiés des raiders, malgré leur lien historique (mais complexe) avec Michel Menu. Il y a bien eu des raiders chez les S. U. F., comme la 4e Saint-Cloud, la 1re Venelles, la 1re Vallée de Chevreuse, la 102e Paris, mais toujours par une sorte de tolérance tacite très S. U. F. Les investitures étaient données par d’anciens raiders, normalement avec l’aval de Michel Menu, qui reste, en dépit qu’il a quitté la hiérarchie S. d. F. en 1956 — il y a plus de cinquante ans ! — la caution d’authenticité, le « grand patron » de tous les raiders. Le désir de renouer avec les raiders ne manque pas dans certaines troupes actuelles dont le niveau technique et spirituel permettrait, de fait, d’aller vers l’investiture.
Mais l’équipe nationale Éclaireurs a préféré récemment une progression un peu différente, vécue en H. P. et non pas individuellement, comprenant des épreuves de niveau raider (nombre requis de 1res classes, épreuves elles-mêmes, techniques et missionnaires, mais plus de parachute ni autre activité dont le « mytho » se révèle coûteux ou d’utilité contestable) et sanctionnée par un « brevet H. P. » dont l’insigne est élégant, mais le nom un peu neutre. C’est sans doute ce défaut d’image, d’attrait, qui semble avoir pour l’instant cantonné le brevet H. P. à une certaine discrétion.
La F. S. E. a d’abord résolument refusé les raiders. Changement d’avis, non sans débat, alors que Jean-Michel Permingeat est C. N. E., et retour des raiders avec l’aval de Menu. Cette fois, même si les épreuves sont modernisées, il s’agit bien des raiders, avec ailes et numéro (mais sans béret vert). Toutefois, la progression s’avère plus individuelle que collective, en ce sens que les troupes ne sont pas raiders comme telles. En fait, les raiders sont généralement les C. P. et seconds des « patrouilles Cimes » (équivalent des anciennes « patrouilles Kim »), une troupe pouvant avec un gros effort avoir toutes ses patrouilles Cimes et donc être une « troupe Cime ». La proposition a rencontré un certain succès qui ne paraît cependant pas plus ample que celui des raiders historiques, c’est-à-dire environ 10 % de l’effectif Éclaireurs raider ou candidat raider.
Dans les deux cas, S. U. F. et F. S. E., il est donc patent que la question de la progression post-1re classe est posée. Avec ou sans brevet H. P. ou raiders, les C. P. de dix-sept ans sont toujours aussi difficiles à motiver. Si la troupe est en bonne santé morale, si, en particulier, la responsabilité du C. P. y est mise en avant selon le principe du « système des patrouilles », s’il règne une atmosphère d’amitié fraternelle et de franchise, le grand scout joue le jeu assez volontiers. Mais pour peu que la troupe soit en situation de faiblesse, qu’un peu de triche ou, plus exactement, de « biaise » se soit installée, que la maîtrise manque d’autorité (ce qui peut arriver d’une année à l’autre), la pente est beaucoup plus difficile à remonter et une des rares mesures efficaces est le renvoi des C. P. et le recommencement avec des H. P. plus jeunes, donc plus maniables et motivées. Le « système des patrouilles », base du scoutisme unitaire, ne fonctionne qu’avec une attention particulière, constante, prudente et intelligente aux aînés de la troupe. Ils ne sont pas seulement les pivots fonctionnels de la troupe ; ils en sont la clé morale.
Que faire des aînés des troupes ? (troisième partie)
Mise à jour le Samedi, 13 Février 2010 15:27 Écrit par Fr Yves Combeau o.p.
Les raiders ont officiellement disparu des documents S. d. F. à la fin de 1963. En réalité, le ralentissement était sensible depuis 1956, pour des raisons diverses. La nouvelle équipe nationale, celle de François Lebouteux, n’a pas voulu supprimer les raiders, encore moins les désavouer. Lebouteux lui-même était un chef raider. La réforme de 1964 ne s’est pas faite contre les raiders.
Mais il existait cependant, depuis le début, une opposition aux raiders. Épidermique dans certains cas, plus raisonnée dans d’autres. Passons sur l’esthétique — on peut préférer les quatre-bosses au béret vert — et voyons les raisons.
D’abord, et malgré la volonté de Menu, l’accent mis sur les aînés, leur progression, leur entraînement, tend à laisser à la traîne les plus jeunes. Ils peuvent vouloir imiter : ce n’est pas à douze ans qu’on monte sur une moto. Dans certains cas (rares), les troupes se mettent à vieillir et à devenir des troupes d’aînés, comme la 102e Paris (Fénelon) qui a poussé loin et longtemps cette dérive. Certes, une maîtrise expérimentée se rappellera qu’elle une troupe d’âges variés et prendra soin des jeunes, mais la plupart du temps, la dimension ludique du scoutisme, les petits et grands jeux, disparaissent dans une troupe raider. On s’y passionne, mais y rit-on ?
Ensuite, l’investissement matériel et humain est coûteux. Il faut des trésors de débrouillardise et de sacrifice personnel pour trouver un dojo, des motos, une tour à parachute. On peut le faire — je citerai la troupe mulhousienne de Michel Kieffer, tout ouvrière, et raider —, mais à condition d’un effort constant. Et parfois épuisant. Michel Menu souhaitait un style à la fois précis, impeccable et détendu : la détente a souvent manqué...
Enfin, l’articulation entre les raiders et la Route n’a guère été trouvée. Il faudrait ici parler de la Route des années 1950 et 1960 : ce serait un vaste sujet. Mais il suffira de constater que, sauf de brillantes exceptions, les C. P. raiders ont eu du mal à s’intégrer à la Route, parce que la Route les a déçus.
À cet ensemble d’objections, il n’y a pas eu de véritable réponse. Quelques aménagements de la progression jugée parfois trop rude, mais qui ne changent rien aux dispositions fondamentales. Et quand survient la réforme de 1964, elle simplifie radicalement le débat : pour motiver les aînés, il faut couper la troupe en deux. Ce sont les pionniers et les rangers. Me demander si cette solution est la bonne ou la seule m’entraînerait trop loin. Mais nous arrivons à ma véritable question : comment motiver les aînés aujourd’hui ? Ce sera pour la prochaine fois…
Que faire des aînés des troupes ? (deuxième partie)
Mise à jour le Mercredi, 03 Février 2010 16:27 Écrit par Fr Yves Combeau o.p.
Les raiders, élaborés à partir de 1947 et officialisés en 1949, sont donc une tentative de motiver les aînés des troupes par une reconnaissance « pour de vrai » moins ambiguë que la chevalerie ludique mais improvisée et semi-secrète des années précédentes, de prévenir par là l'évaporation des aînés qui, au sortir de la guerre, risquaient de trouver fade le scoutisme, enfin de relever le niveau technique et spirituel général.
L’investiture raider couronne une progression humaine et technique exigeante. Les travers qu’on a énoncés dans les tentatives précédentes sont soigneusement éliminés : ni secret ni particularisme, pas de désunion de la troupe car c’est la troupe tout entière qui progresse et qui est investie collectivement en plus de l’investiture personnelle des scouts raiders, une certaine dureté — motocyclette, parachutisme ne sont pas des activités faciles — mais entièrement encadrée et tournée vers un but, le service, ou plutôt l’aptitude à servir. Mais Michel Menu retient des expériences de Gérin, qu’il a connu, plusieurs éléments-clés : l’importance de l’esthétique (salut spécial, insigne superbe, uniforme renouvelé dont le port doit être impeccable, le tout servi par les clichés des revues et les illustrations de Joubert), l’idée de l’appartenance à un corps d’élite, corps qui est double, celui des individus raiders (béret vert, ailes, numéro personnel, intégration du raider dans la C. D. H.) et celui des troupes raiders (rallyes raiders nationaux, numéro de la troupe).
La volonté de faire vieillir les maîtrises, souvent beaucoup trop jeunes jusqu’en 1949, est cohérente avec le principe que la reconnaissance raider est « pour de vrai » : remise par un chef adulte, trentenaire, elle est autrement plus forte que par un chef de dix-huit ans.
Les raiders ont été un succès, bien que Menu lui-même l’ait souhaité plus large. Un peu plus de quatre cents troupes raiders de 1949 à 1963 et un peu plus de cinq mille raiders (je dis bien plus de cinq mille ; quand la F. S. E. a recommencé une numérotation à 5 000 dans les années 1990, son estimation était un peu basse) reste un nombre impressionnant, sur les deux mille troupes qui existaient pendant cette période. Certaines villes, dont Paris, ont été fortement marquées. La totémisation et les ordres de chevalerie, parallèlement, ont reculé. Beaucoup de troupes, même sans parvenir à l’investiture tant désirée, ont tiré grand profit de leur progression, ont gardé leurs aînés et maintenu des effectifs élevés. Cinquante ans après, le mot de « raiders » conserve une la capacité de « faire rêver » dont je parlais dans le premier article, même chez les S. U. F. qui ne les ont jamais rétablis officiellement.
Alors ? Était-ce la solution définitive et si oui, pourquoi n’a-t-elle pas été continuée ? Suite au prochain épisode !
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