La crise des Guides et Scouts d’Europe : le prévisible et l’étrange (deuxième partie)
Mise à jour le Dimanche, 15 Novembre 2009 18:08 Écrit par Fr Yves Combeau o.p. Dimanche, 15 Novembre 2009 18:00
Deuxième partie du petit feuilleton A. G. S. E. qui tient la France scoute en haleine depuis deux ans…
Était prévisible aussi, bien qu’il ait été peu question dans le débat, un conflit au sujet de l’Europe. Car ce conflit, comme le précédent, est des plus anciens à l’A. G. S. E.
D’un côté, Périg Géraud-Kéraod, le fondateur, et ses héritiers (Maurice Ollier, Jacques Mougenot…). Pour ces responsables, les Scouts d’Europe sont les Scouts de l’Europe. Un mouvement d’abord européen, créé pour l’Europe, à direction européenne. Le projet est de contribuer à la construction d’une Europe fraternelle et chrétienne, basée sur des éléments de civilisations propres à l’Europe et naturellement sur l’héritage de la Chrétienté occidentale, c’est-à-dire chrétienne. Avec pour Géraud-Kéraod une nuance supplémentaire : l’Europe n’est pas l’Europe des nations, mais celle des peuples, parmi lesquels ce régionaliste militant (c’est un euphémisme) compte les Bretons, les Flamands, les Gallois. Lorsque Géraud-Kéraod écrit « compatriotes », ce n’est pas des Français qu’il parle, mais des Bretons. C’est avec un groupe breton, bretonnant, autonome et autonomiste qu’il a rejoint la F. S. E. en 1962 et sa vision de l’Europe chrétienne des peuples n’a jamais changé. Ses héritiers ne tiennent pas ce discours, mais il est patent que pour eux, la dimension européenne de la fédération prime sur les questions françaises.
De l’autre, les patriotes. Ce sont ces chefs, ces cheftaines, ces parents et ces jeunes qui ont rallié l’A. G. S. E. à partir de 1965. Pour eux, l’A. G. S. E. est ce mouvement structuré, chrétien, efficace, sérieux, qui se substitue aux S. d. F. réformés. La plupart, du reste, viennent desdits S. d. F. — on a dit le contraire, mais je maintiens cette affirmation. Ces chefs, parents et jeunes sont des patriotes par engagement — ils ont promis de servir la patrie, et il s’agit de la France —, par inclination, même par profession, car beaucoup, dont Coligny et You sont les plus connus, sont des militaires. Quand Géraud-Kéraod veut maintenir son entité bretonne ou semble encourager une Europe politique fédérale, ils tiquent. Ils ont tiqué en 1966, quand au fameux rassemblement du Mont-Saint-Michel où fut adopté le Baussant, Géraud-Kéraod avait interdit les drapeaux nationaux. Ils ont tiqué en 1968 : c’est l’assemblée générale d’Athis-Mons, un tiers d’opposants et la scission des Scouts Saint-Georges. Ils ont probablement tiqué en 1983-1986 : c’est le départ (forcé) de Géraud-Kéraod…
De plus, je ne crois pas hasardeux d’affirmer qu’une génération entière de chefs et de jeunes n’a de l’Europe qu’un souci relatif. Voire nul. Patriotisme juvénile, souvent extrême, des années 1980 et 1990, troupes traditionalisantes qui mêlent volontiers messe de toujours et France de toujours… Je serais curieux de connaître le vote des chefs A. G. S. E. en 1992, au moment du traité de Maëstricht ! Certes, l’Europe A. G. S. E. n’est pas forcément l’Europe politique de Bruxelles, mais de quoi parle-t-on quand on parle d’Europe dans une unité A. G. S. E. « de base » française, si tant est qu’on en parle ?
Enfin, il est patent que la France représente à elle seule plus de la moitié des effectifs de la fédération et que le reste est très dispersé, Italie et Pologne exceptées. Non seulement la plupart des dirigeants fédéraux est française, mais les Français comprennent mal que la fédération entende leur imposer des choix. Les tensions entre l’A. G. S. E. (française) et l’U. I. G. S. E. (européenne) n’ont donc pas manqué, en particulier pendant les années 2000. N’ai-je pas entendu un cadre national me confier, avec bonne humeur, que l’U. I. G. S. E., somme toute, n’avait qu’à suivre ? Or un conflit entre France et fédération, c’est un conflit entre Permingeat et Mougenot.
Voici déjà notre baril bien chargé. Suite au prochain épisode !







