La crise des Guides et Scouts d’Europe : le prévisible et l’étrange (troisième partie)
Mise à jour le Lundi, 23 Novembre 2009 17:18 Écrit par Fr Yves Combeau o.p. Lundi, 23 Novembre 2009 17:12
Courage, voici la troisième et avant-dernière partie du petit feuilleton A. G. S. E. qui, j’en suis sûr, vous fait déjà tourner la tête.
Le troisième problème qui était prévisible réside dans la façon dont le mouvement a été construit. Cette construction comprend en effet une contradiction interne qui ne peut que générer des tensions.
D’un côté, l’A. G. S. E., comme toute association, regroupe des volontaires qui y adhèrent de leur plein gré et disposent d’un droit de vote (je parle naturellement des membres majeurs). Ce droit de vote permet de choisir les dirigeants du mouvement.
De l’autre, l’A. G. S. E. a été structurée de façon strictement pyramidale, avec une grande abondance de cadres dotés d’une autorité forte. La liste des titres de fonction qu’on trouve dans un numéro de Maîtrises en 1972 laisse même songeur, parce qu’à cette époque, les effectifs étaient loin de justifier une telle pyramide hiérarchique ! Chaque échelon nomme ou révoque l’échelon inférieur, normalement sans appel ; un commissaire de district peut ainsi remanier une maîtrise de troupe à son gré ; un commissaire de province nommer ou révoquer un commissaire de district. L’important est de noter qu’il n’existe pas de corps intermédiaire ni de contre-pouvoir.
Or cette autorité, les cadres de l’A. G. S. E. ne se privent pas, depuis les origines, d’en user. En bref, tu plies ou tu pars. De surcroît, la subsidiarité n’a pas cours : un cadre peut se subroger à son n-1 pour sanctionner un n-2. Chose fort courante à Paris, des années 1970 à aujourd’hui.
Cette construction a un avantage : elle est efficace. C’est son but. Mais elle a un défaut : elle est brutale. Conçue pour accompagner la croissance d’un grand mouvement, elle génère des dissensions en période de crise, généralement traduites par des démissions. Pour contraindre durablement, il faut maintenir l’enthousiasme qui fait accepter efforts et sacrifices. Mais sur la durée, tout enthousiasme se délite. Et la contrainte devient pesante. Surtout quand elle imposée par un adulte de cinquante ans qui a été chef quand vous n’étiez pas né.
Ces difficultés pourraient être en parties résolues par le jeu de la démocratie. Mais ce n’est pas le cas, car tout le monde sait que, dans les mouvements scouts comme dans la plupart des grands mouvements (catholiques ou non), la présentation des candidats équivaut à cooptation. Elles pourraient aussi être résolues par le choix de mandats courts et non renouvelables : là encore, il n’en est rien. L’A. G. S. E. se fait même une spécialité de cadres très durables. Chaque cadre énumère habituellement, après sa signature, les fonctions qu’il a remplies depuis dix, vingt, trente ans. Bel esprit de service, mais aussi sentiment de propriété et difficulté à se renouveler. Château-Landon un jour, Château-Landon toujours ?
C’est le manque de subsidiarité dans la hiérarchie féminine qui a engendré les prodromes de la crise à Paris. Une commissaire de province qui se nomme elle-même commissaire de district, pratique assez fréquente, mais un peu trop systématique. Les protestations reçoivent une fin de non-recevoir assortie d’un petit sermon sur la fidélité au mouvement. Acceptable dans la fièvre de la conquête, en 1970, mais en 2007 ? Parce qu’il est jeune et qu’il n’a pas été commissaire, un chef doit-il être traité comme un gamin ?
C’est la trop grande durée de cadres au sommet de l’association qui a produit des frustrations et un sentiment que le mouvement a été confisqué par quelques-uns.
C’est enfin, paradoxe, l’élargissement du corps électoral par un système complexe de délégués qui a donné l’idée qu’un recours démocratique était possible. Une commissaire de province, dans un vote douteux, a tranché arbitrairement pour la déléguée qu’elle préférait. Frustrés de leur vote, les mécontents ont exigé qu’en plus des candidats au conseil d’administration que présentait (cooptait) la direction nationale, des candidats libres fussent admis, conformément au droit commun. Il y a donc eu plus de candidats que de postes. Le vote à l’assemblée générale est devenu un enjeu.
Mèche allumée, baril chargé, jeu dans les douelles. Cette fois, la crise pouvait commencer.








Commentaires
je vous remercie de votre réaction (et de sa modération). Je faisais cependant allusion à 1) ce qui a eu lieu à Paris dans la hiérachie féminine immédiatement avant 2007 (quelques soient les motivations d'Isabelle de Goussencourt, qui me paraissent, du reste, assez bien fondées) ; 2) ce qui a eu lieu, toujours à Paris, autour de 1985 puis de 1995, en particulier dans le district Saint-Louis. C'est un peu plus ancien, mais vous savez mieux que moi que l'AGSE est un mouvement de mémoire longue.
Paris n'est probablement pas la province du mouvement la plus simple dans son histoire et, par ailleurs, je n'ai que du bien à dire de beaucoup de ses cadres actuels et de leur pratique. Mais les anomalies dont je parle y ont bien été constatées. Je dois ajouter que je les crois (et les espère) rares à l'échelle du mouvement. Citer
je voudrais vous signaler une petite erreur au sein d'un texte si formidablement rédigé : à l'AGSE, la subsidiarité a absolument cours et un cadre n ne peut, sauf vacance de l'échelon n-1, se substituer à n-1 pour sanctionner n-2.
Si cela se produit, c'est anormal et irrégulier.
Je suis commissaire de province : je n'entre pas en contact direct avec les chefs de groupe d'un de mes districts pourvu de commissaire.
Comme un CG ne donne pas d'instruction directe à un CP de sa troupe.
Fraternellement Citer